Association Loi 1901
– Toulouse –
Association Loi 1901
– Toulouse –
Association Loi 1901
– Toulouse –
Conférence du 19 octobre 2026, par le M. Antoine Wystrach.

Monsieur Antoine Wystrach, neuro-éthologue toulousain, co-auteur avec Audrey Dussutour de « L’Odyssée des fourmis » (éditions Grasset), travaille au centre de recherche sur la cognition animale (CRCA) rattaché au CNRS et à l’université de Toulouse III – Paul Sabatier.
L’étude des fourmis fait appel à des moyens optiques grossissants et des caméras d’enregistrement ; l’empathie et l’anthropomorphisme ne sont pas de mise comme c’est le cas par exemple avec les gorilles dont le cerveau est voisin du nôtre.

Portrait d’une fourmi – source Wikimedia Commons : Fourmi
Elles sont capables de soulever des proies qui rapportées à leur taille sont énormes, l’équivalent d’un Airbus pour un humain. Elles sont capables de planer sur des distances importantes depuis la canopée où vivent certaines d’entre elles jusqu’au tronc d’arbre qui leur permettra de remonter en cas de chute inopinée. Elles évitent ainsi la prédation qui les détruiraient en moins de cinq minutes si elles tombaient sur le sol.
D’autres, bien que hostiles à l’eau, peuvent si nécessaire nager en surface à très grande vitesse avec des mouvements de pattes parfaitement adaptés pour rejoindre la berge.
Les mandibules d’autres espèces sont des outils de destruction extrêmement redoutables ; tendues comme une arbalète, elles se referment à une vitesse supersonique sur leur proie qui n’a aucune chance de leur échapper. Ces mandibules leur servent à s’envoler en haut et en arrière si la proie est trop résistante, à une distance qui représente plus de dix fois leur taille. Paraponera clavata, unique de son espèce, est responsable de morsures entraînant une douleur de niveau 4 (« douleur pure intense, brillante… comme marcher sur des charbons ardents avec un clou de dix centimètres enfoncé dans le talon »), la pire douleur dont l’humain puisse faire l’expérience.
Après être sorties de leur nid pour aller chercher leur nourriture par un chemin erratique, elles savent revenir à leur point de départ en droite ligne par le plus court chemin ; cette capacité est toute particulière et remarquable, basée sans doute sur les informations qu’elles reçoivent de la magnétosphère.
Soumises à des coups de vent violents, comme c’est souvent le cas en Australie, elles sont capables de retourner à leur point d’origine en tenant compte de la direction de ce coup de vent pendant la phase où elles restent quelques instants accrochées à la surface sur laquelle elles se trouvent, et cela que le vent vienne de face de côté ou de l’arrière.
L’appel de la forêt : dans l’univers hostile et complexe de la forêt, une fourmi est capable de retrouver l’orifice minuscule de son nid, même si on l’éloigne considérablement. Sa perception de l’environnement est très différente de la nôtre, beaucoup plus vaste (180 degrés) et beaucoup plus floue, sorte de code barre, mais adaptée à leur déplacement. Dans une colonie, chacune a son territoire et son itinéraire, toujours le même, pour ratisser au mieux la recherche de nourriture.

Schéma anatomique d’une ouvrière – source Wikimedia Commons : Fourmi.
« Le cerveau d’une fourmi est un des plus merveilleux atome de matière que l’on puisse concevoir, peut-être même plus merveilleux encore que le cerveau de l’homme » (Charles Darwin)
Les connexions neuronales sont, chez elles comme chez l’homme, extrêmement riches et complexes, capables de s’adapter aux perturbations extérieures – inversion gauche-droite par exemple, ce qu’un robot ne peut pas faire.

Nid de feuilles assemblé par des fourmis tisserandes (Philippines) – source Wikimedia Commons : Fourmi.
N. B. : ce texte est un pâle résumé de la brillante conférence de Monsieur Wistrach. Les intéressés trouveront dans son livre aux éditions Grasset, toutes les données qui n’ont été ici qu’esquissées.